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Machines, Magic, Media

Programme du Colloque International de Blois
Genèse et performativité de la médiation

Le projet des "Arts Trompeurs" est heureux de vous présenter le programme de son prochain atelier scientifique international intitulé "Genèse et performativité de la médiation", organisé par Delphine Chambolle et Pietsie Feenstra, et qui se déroulera les 28 et 29 novembre 2015 à la Maison de la Magie de Blois (France). Nous reproduisons ci-dessous le texte de présentation. 

PRÉSENTATION 

Les études sur les pratiques médiatiques (ce qui inclut les pratiques artistiques) accordent, depuis une trentaine d'années, une place grandissante au concept de dispositif sollicité en espérant ainsi trouver des réponses aux multiples questions que soulève tout phénomène de médiation – entendu ici comme processus rendant perceptible aux sens, dans un contexte de communication, ce qui, sans lui ne le serait pas (Lars Elleström). Mais plus la réflexion avance, plus ce concept se révèle problématique : où commence et où finit le dispositif ? Comment saisir ses multiples fonctionnalités ? Comment articuler sa dimension concrète à des dynamiques processuelles ?

 

Si la réalité matérielle du dispositif peut, dans une certaine mesure, être circonscrite – mais cela n'est pas sûr –, qu'en est-il de sa réalité immatérielle : les protocoles et techniques, les valeurs et croyances, la naturalité qui lui sont attachés dans un milieu et à une époque donnés ? Quelle est la place de l'usager et de son corps dans ce dispositif, etc. ? Il n'y a pas de réponse simple et les hypothèses avancées jusqu'à présent renvoient à de nouvelles questions. C'est la raison pour laquelle de plus en plus de chercheurs proposent de nouvelles avenues dont celle qui consisterait à inverser la démarche heuristique : « No media but mediation». Les conséquences de ce renversement ne sont pas que méthodologiques. Plutôt que de fixer l'analyse sur l'appareillage et les conditions qui permettent la médiation, cette approche propose de centrer l'attention sur la médiation elle-même : comment elle fonctionne, que produit-elle ?

 

D'où l’importance de revenir à l'histoire des concepts de médium selon une perspective archéologique et à partir de l'entrelacement de grandes lignes généalogiques. En premier lieu, la ligne philosophique qui commence avec la notion de metaxu utilisée par Aristote pour présenter sa théorie de la perception sensible dans le De anima, et qui se poursuit avec sa traduction en latin medium par Duns Scotus (autour de 1225) dans Commentarium Magnum in Aristoteles De Anima d'Averroès. Selon cette ligne généalogique, le medium est le milieu intermédiaire qui rend possible notre perception sensible, et les auteurs qui développeront la théorie aristotélicienne du metaxu et du dipahane penseront le médium comme milieu, environnement, atmosphère, Umwelt. En deuxième lieu, il y a la ligne qui va de la magie à l'occultisme, selon laquelle le médium est celui ou celle qui, grâce à des techniques et machineries détournant nos sens ou à des pouvoirs surnaturels, peut assurer la liaison entre apparition et disparition, entre le monde des vivants et le monde des esprits (de Paracelse à Athanasius Kircher, en passant par la photographie spirite et la radio). En troisième lieu, la ligne esthétique qui, mettant l’accent sur les formes de représentation (théâtre, peinture, sculpture, photographie, cinéma, etc.), considère le médium comme l'ensemble constitué par le support, les techniques et les possibilités expressives qui sont considérés comme spécifiques à chaque forme de représentation. C'est dans cette acception que le mot anglais medium est utilisé par les théoriciens de la medium specificity qui, comme Rudolf Arnheim dans ses écrits sur le cinéma et la radio des années 1930, ou Clement Greenberg dans ses écrits sur la peinture des années 1940-1960, pensent que chaque forme artistique devrait se concentrer sur l'exploration des caractéristiques de son propre médium. Enfin, il y a la ligne des théories de la communication, selon laquelle les mass media (traduit en français avec médias) sont les moyens de communication de masse : presse, radio, télévision, etc. L'origine de cette ligne remonte au début du XXème siècle. Or, si chaque médiation est unique et résulte d'une convergence particulière de facteurs, on observe certains principes récurrents que les études intermédiales ont mis au jour au cours de ces dernières années. On pense, entre autres, au modèle de remédiation de Jay Bolter et Richard Grusin, à celui de l'hypermédialité de Chiel Kattenbelt, à la transmédialité et, plus globalement encore, à la théorie de la transformation des médias de Lars Elleström.

 

L’Atelier sera l'occasion d'enrichir cet appareillage conceptuel mais aussi d'analyser d'autres principes, d'expérimenter d'autres hypothèses. Le « modèle magique » est de ceux-là. Il pourrait s'avérer particulièrement inspirant dans cette perspective. En assumant entièrement l'artifice de l'illusion, qui n'est ni révélé ni révélable, et en misant sur la « vérité de l'expérience » et sur la puissance de la performance co-vécue – par les performeurs et les spectateurs –, ce modèle trouve à sa base la performativité de la médiation devenue spectacle elle-même. Son examen force un élargissement des questions qui balisent généralement les réflexions sur les médias et du système bipolaire qui les fonde : le rapport entre réel et représenté, entre avant et après (tout redevient comme avant), entre opacité et transparence (puisque précisément on voit qu'on ne voit pas), entre immédiateté et hypermédiateté, etc. Ces questionnements seront au cœur de cet atelier.

 

Pour assurer l'efficacité et la rigueur des travaux ainsi que la qualité des échanges, l'atelier est organisé en fonction de trois axes inter-reliés :

 

PROGRAMME PROVISOIRE

Samedi 28 : 9H30/19H

 

Axe 1 : La performativité de la médiation :

Coordination Jean-Marc Larrue

Cet axe concerne les dynamiques qui, dans des conditions précises, provoquent des médiations. Y sont abordées les questions relatives aux techniques, aux technologies et leurs interactions avec les agents humains prenant part, d'une façon ou d'une autre, à l'événement médiatique.

 

9H30/10h10 Jean-Marc Larrue

10H10/10H50 Marcello Vitali-Rosati

10H50/11H30 Kurt Vanhoutte

Pause

11H45/12H25 Frank Kessler

12H25/13H05 Joe Culpepper

Déjeuner

 

Axe 2 : Archéologie des concepts de médium :

Coordination Antonio Somaini

La genèse des concepts de médium est l'objet de cet axe. Il traite de l'histoire même de ce concept et de son évolution en fonction d'au moins quatre lignes généalogiques qui s'entrelacent : la ligne philosophique, la ligne esthétique, la ligne liée à la théorie de la communication et celle liée à l'occultisme.

 

14H30/15H10 Larisa Dryansky

15H10/15H50 Stefan Hoffmann

16H30/17H10 Antonio Somaini

Pause

17H20/18H Philippe Baudouin

18H/18H40 Mireille Berton

Diner

20H30 Théâtre Christian Fechner : Cloc. Pièce pour deux magiciens.

 

Dimanche 29 : 9H30/16H30

 

Axe 3 : La magie, pratiques, discours

Coordination : Frédéric Tabet

Parallèlement aux axes 1 et 2, cet axe poursuit la réflexion sur le « modèle magique » et son apport potentiel à notre compréhension des phénomènes de médiation et des dynamiques intermédiales passées et actuelles.

 

9H30/10h10 Thibault Rioult

10H10/10H50 Eric Lowen

Pause

11H05/11H45 Valentine Losseau

11H45/12H25 Matthew Solomon

Déjeuner

14H/15H : Synthèse : Giusy Pisano

15H/16H30 : Présentation des ateliers à venir (L’image en relief, Archéologie des médias) et des colloques (Le regard panoramique, MUCEM, Marseille, 11/13 février 2016 et Machines. Magie. Médias, Cerisy-La-Salle, 20/28 août, 2016) : organisateurs des diverses manifestations.

 

Les intervenants sont invités à présenter en 20 minutes la synthèse de leurs réflexions. Chaque présentation sera suivie d'une discussion de 20 minutes également. La formule de l'atelier implique que l'ensemble des participants prenne part aux discussions pendant les deux jours de l'atelier.

 

Les communications seront en français et en anglais. Une publication scientifique émanera de ces travaux.

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