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Les Arts trompeurs
Machines, Magie, Médias

Appel à communication : Magie et Philosophie

Direction 

Jean-Michel Durafour (Maître de conférence à l’Université Paris-Est Marne-la-vallée/LISAA)

 

Comité scientifique : Pierre-Yves Beaurepaire, Peppe Cavallari, Fabien Delmas, Jean-Michel Durafour, Sylwia Frach, Jean-Marc Larrue, Simone Natale, Laura Odello, Libera Pisano, Giusy Pisano, Pierre-Yves Quiviger, Antonio Somaini

 

Organisateurs : Fabien Delmas, Sylwia Frach, Libera Pisano

Au début de la conférence intitulé « Science, magie et philosophie », on peut lire sous la plume d’Eric Weil, pour légitimer son entreprise : « Si la science et la philosophie ne se comprennent que sous l’aspect de leur devenir passé – ce qu’on appelle l’histoire , il n’en va pas de même de la magie ; car la magie ne nous vient pas seulement du passé, elle appartient au passé, elle n’est plus, et à notre époque elle se retrouve tout au plus dans ces débris du passé que charrie le flot du présent sous le nom de superstitions. La thèse que je propose de soutenir est presque diamétralement opposée à cette vue. Selon elle, non seulement, la magie n’a pas disparu de notre monde ; au contraire, elle y joue un rôle d’une force déterminante1. »

 

Ceci est également vrai de toutes les époques où magie et philosophie ont coexisté sur les scènes de la pensée. En apparence, l’affaire semble entendue : la philosophie, depuis le logos grec, n’a cessé de dissiper, par le gouvernement de la raison, les pratiques magiques comme archaïques et fumeuses (zoroastrisme, hermétisme, théosophie, Cabale, gymnosophie, druidisme, etc.). Si, comme Henri Bergson le note à l’autre bout de l’histoire de la philosophie (Les Deux Sources de la morale et de la religion), la magie est aussi indissociable de la condition humaine – ce moyen de prolonger l’action au-delà de ce qu’autorisent les lois physique naît de l’expérience de nos limites mais aussi du refus de nous y subordonner –,  elle n’est pas une connaissance, seulement une rébellion de l’homme contre le tarissement de son désir ritualisant des émotions violentes par des pratiques tolérées2. Dont acte.

 

Nous désirons suivre ici la piste antipodale : celle, non seulement d’une « rationalité des pratiques magiques » (pour reprendre le titre de l’ouvrage de Pascal Sanchez3), mais aussi d’une combinaison – selon quelles modalités ? sous quelles conditions ? etc. –, d’un nœud interparadigmatique entre philosophie et magie, la première empruntant certaines de ses procédures heuristiques ou méthodologiques à l’épistémè de la seconde, et dans l’idée qu’un phénomène inverse, un effet de retour, de la philosophie vers la magie, soit également tout à fait envisageable. Il faut, évidemment, comme le redit le pense-bête de Giordano Bruno, distinguer plusieurs régimes de magie parfois incompatibles ; tous ne se valent pas dans notre perspective : magie naturelle, magie des prodiges, nécromancie ou prestidigitation n’ont sans doute pas inscrit, dans l’histoire de la pensée, des liens aussi étroits avec la métaphysique ou la théologie que la philosophie occulte, encore appelé « magie extra-naturelle » ou « magie mathématique 4», dont pendant longtemps, à la Renaissance, les partisans s’appelaient tout autant alchimistes que philosophes. Certains noms d’importance viennent scander cette conjugalité rythmique : Marsile Ficin, Pic de la Mirandole, Henri-Corneille Agrippa de Nettesheim, Jakob Böhme, etc. Hélène Védrine (Philosophie et magie à la Renaissance) a laissé sur la période un ouvrage classique. Mais une interaction positive entre philosophie et magie (sur fond également d’interrogations sur les rapports entre magie et science ou art) ne saurait concerner que ce passé lointain : on la retrouve pareillement, par exemple, dans l’idéalisme puis le romantisme allemands (Schelling, Novalis, Fr. Schlegel) au début du xixe siècle, ou, autre exemple, très contemporainement (comment pourraient, peut-être plus hardiment, se rencontrer magie et philosophies du désir et de l’événement ?), dans une présence actuelle que ce colloque se propose de circonscrire.

 

Ce colloque constitue l’une des étapes du projet les Arts trompeurs. Machines. Magie. Médias (Labex Arts-H2H/ENS Louis-Lumière/CRialt/CRILCQ). Il bénéficie d’une aide de l’ANR au titre du programme Investissements d’avenir (ANR-10-LABX-80-01).

 

Les propositions de communication sont à envoyer en français et anglais, avec une courte notice bio-bibliographique,  jusqu’au 30 avril, à l’adresse suivante : jean-michel.durafour@u-pem.fr

 

Eric Weil, Philosophie et réalité. II, Paris, Beauchesne, coll. « Le Grenier à sel », 2003, p. 26. 

Henri Bergson, Les Deux Sources de la morale et de la religion, Paris, PUF, 1968, p. 175.

Pascal Sanchez, La Rationalité des pratiques magiques, Genève/Paris, Droz, 2007.

Giordano Bruno, De la magie, Paris, Allia, 2014, p. 8. 

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