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Les Arts trompeurs
Machines, Magie, Médias

Appel à communications - Colloque international "Truquer, créer, innover. Les effets spéciaux français"
Cité des Sciences et de l’Industrie, Paris. 8 - 9 - 10 mars 2018

Dans le cadre de l’exposition « Effets spéciaux : crevez l’écran! » (oct. 2017 – août 2018) et du projet de recherche « Les arts trompeurs. Machines. Magie. Médias ».

Peu d’études universitaires sont consacrées aux effets spéciaux, un domaine pourtant vaste et interdisciplinaire et dont la méconnaissance contraste avec l’utilisation toujours plus considérable des trucages au sein des films. Car depuis son invention – et même avant avec la photographie, la féerie théâtrale, le théâtre de magie et la prestidigitation – le trucage a toujours été omniprésent au cinéma et s’y est déployé sous différentes formes, partout dans le monde, y compris en France.

En effet, en dépit d’un stéréotype tenace, les films français regorgent d’effets spéciaux et d’effets visuels : il est temps de mettre en lumière cet aspect du cinéma français, au-delà des figures fondatrices (et donc incontournables) de Georges Méliès, Segundo de Chomón et d’Émile Cohl.

Tout au long de son histoire, le cinéma français a été nourri par les trouvailles de personnalités tombées dans l’oubli, comme les Assola père et fils ou les artistes étrangers accueillis sur les plateaux avec leur conception des techniques d’illusion : le peintre sur verre britannique Walter Percy Day, les décorateurs russes Paul Wilcké et Nicolas Minine, et même le chef opérateur Eugène Schüfftan, inventeur de l’effet qui porte son nom. Inversement, les techniques et images françaises ont souvent inspiré, plus ou moins légalement, d’autres cinématographies : le procès d’Abel Gance contre Gregg Toland après la sortie de Citizen Kane, est un exemple parmi d’autres. Qui, du Français André Debrie ou de l’Américain Linwood Dunn, inventa le premier la tireuse optique pour trucage ? Quels liens entre le Transflex mis au point par Henri Alekan avec Georges Gérard en 1954 et la projection frontale utilisée par Stanley Kubrick pour réaliser le prologue de 2001 l’odyssée de l’espace en 1968 ?

Ces circulations de savoir-faire, de compétences et d’outils techniques se trouvent aujourd’hui renforcées avec les technologies numériques. La réputation des animateurs français et des écoles qui les forment attire les recruteurs du monde entier. Néanmoins, l’industrie française déplore souvent une fuite des talents à l’étranger, faute de projets suffisamment conséquents à leur proposer. La mondialisation des effets visuels au 21e siècle crée une forme de concurrence entre des structures locales de taille plus modeste que certains mastodontes de l’industrie mondiale comme ILM ou Weta Digital, tout en autorisant le déploiement de techniciens français de par le monde au fur et à mesure de l’augmentation des besoins en trucages. Car de nombreuses productions hollywoodiennes bénéficient du savoir-faire français, à l’image du studio BUF qui collabore aux films des Wachowski, Christopher Nolan et David Fincher.

Avec le développement des outils numériques, les images truquées semblent de plus en plus présentes sur grand écran, essentiellement dans le cinéma hollywoodien. Les effets spectaculaires sont généralement associés aux films de pur divertissement, parfois peu « légitimes », comme le prouve l’étiquette péjorative « film à effets spéciaux ». Mais c’est dans toute l’industrie que les effets se déploient. Ainsi, les séries télévisuelles font preuve d’une innovation constante. Ce savoir-faire est aussi mis au service de films plus « intimistes » tels Amour de Michael Haneke (2012) pour lequel a œuvré le studio Mikros Image, studio qui s’est aussi illustré, entre autres exemples, pour De rouille et d’os (Jacques Audiard, 2012). Comme pour ces films, la part la plus conséquente des effets visuels, contemporains et passés, réside dans des retouches et des trucages généralement indétectables par le grand public et parfois par les spécialistes. L’invisibilité des effets répondrait-elle à l’invisibilité des discours scientifiques et professionnels sur le sujet ?

Ce colloque se propose de faire dialoguer des praticiens, artistes et techniciens avec des chercheurs et des théoriciens. Les approches pourront être multiples, associées ou confrontées, tant les effets spéciaux peuvent être abordés de différents points de vue : technique, esthétique, économique, social, philosophique, anthropologique… Bien que cette manifestation inaugure une série d’autres événements scientifiques dédiés aux effets spéciaux (visuels et sonores), il s’agit aussi du colloque de clôture du projet de recherche collectif international « Les arts trompeurs. Machines. Magie. Médias », engagé en 2015 et dont les travaux ont notamment porté sur l’étude de machineries qui s’appliquent à dérégler les sens et sur l’analyse des relations intermédiales entre magie et technologie.

 

Trois axes principaux sont proposés :

Un premier axe privilégiera les enjeux historiques : seront attendues des communications faisant avancer l’état des connaissances sur l’histoire des effets spéciaux français. Que ce soient dans la généralisation des films à trucs du cinéma-attraction, au sein des expérimentations de l’avant-garde des années 1920 (Abel Gance, Germaine Dulac, Jean Epstein, Fernand Léger…), dans les procédés chers à Jean Cocteau, ou bien des rapports entre les chefs décorateurs, les chefs opérateurs et les trucages, ce premier axe couvre un vaste champ d’investigation, qui reste encore à découvrir ou à approfondir. Il pourra aussi comporter des approches intermédiales, de la télévision et de la vidéo (Jean-Christophe Averty et Max Debrenne, Michel Jaffrennou, par exemple), du théâtre, de la photographie… Il sera aussi possible d’évoquer des inventions françaises et d’exposer les circulations de techniques ou de techniciens, d’un pays à l’autre. La relation entre effets spéciaux et magie qui, en France, trouve et poursuit une filiation particulière à travers l’œuvre de Georges Méliès et des figures emblématiques comme Christian Fechner, sera aussi à questionner.

Un second axe évoquera la place des effets spéciaux dans les industries culturelles contemporaines et les mutations apportées par les trucages numériques dans le cinéma contemporain. Quelle place pour les images de synthèse ? Quel rôle de la France dans les effets spéciaux mondialisés, vue depuis l’étranger ? Dans quelles mesures les effets numériques ont-ils développé l’usage des effets spéciaux en France ? Les enjeux économiques seront évoqués, ainsi que la question des formations, de la reconfiguration des compétences professionnelles, sous l’effet des évolutions du marché et de l’hybridation des techniques et des supports (série télé, websérie…). Il sera aussi possible de présenter des études comparées afin d’éclairer différemment les spécificités du champ des effets visuels français.

Un troisième axe sera l’objet d’analyse esthétique d’œuvres, de genres, d’auteurs. Quel usage des effets spéciaux dans les films français ? Quelle est la nature de ce « spécial » et de cet effet que ces techniques particulières tentent de provoquer sur le spectateur ? Quelle place pour la réception ? Quelle analyse du regard spectatoriel dans la prise en compte de l’effet spécial au cinéma ?

L’ensemble de ces interrogations devrait permettre de tisser non seulement un « état des lieux » des techniques de l’illusion, mais aussi de requestionner l’histoire et l’esthétique du cinéma français et certaines caractéristiques esthético-théoriques qui lui sont généralement attribuées : avant tout la quête de réalisme, le désir d’authenticité, le dépouillement de ses formes.

 

 

Les propositions de communication (présentation orale de 30 minutes) sont à envoyer avant le 31 juillet 2017 sous la forme d’une présentation de 2 000 signes maximum à l’adresse :  colloquesfxfrancais@gmail.com

 

Elles seront soumises anonymement au comité scientifique, pour une réponse au plus tard le 30 septembre 2017.

 

Composition du comité scientifique :

-       Gaspard DELON (MCF, Université Paris-Diderot Paris 7)

-       Jean GAILLARD (Président de Nomalab)

-       André GAUDREAULT (Professeur titulaire, Université de Montréal)

-       Anne-Laure GEORGE-MOLLAND (MCF, Université Paul Valéry Montpellier 3)

-       Christian GUILLON (Président de la Commission d’aide aux Industries Techniques du CNC)

-       Réjane HAMUS-VALLEE (MCF HDR, Université Evry Val d’Essonne)

-       Kira KITSOPANIDOU (MCF HDR, Université Sorbonne Nouvelle Paris 3/IRCAV)

-       Jean-Marc LEVERATTO (PR, Université de Lorraine)

-       Pascal MARTIN (PR, ENS Louis-Lumière)

-       Giusy PISANO (PR, ENS Louis-Lumière, Sorbonne Nouvelle Paris 3/IRCAV)

-       Caroline RENOUARD (MCF, Université de Lorraine)

-       Benoît TURQUETY (Professeur assistant, Université de Lausanne)

 

Ce colloque est dirigé par Réjane HAMUS-VALLEE, Giusy PISANO et Caroline RENOUARD. Il constitue le colloque de clôture du projet « Les Arts Trompeurs. Machines. Magie. Médias » et il est organisé en partenariat avec le CNC, la Cité des Sciences et de l’Industrie, le Labex Arts H2H, l’ENS Louis-Lumière, l’Université Paris Lumière, le Centre Pierre Naville (Université d’Évry Val d’Essonne), le 2L2S (Université de Lorraine) et l’IRCAV.

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