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Les Arts trompeurs
Machines, Magie, Médias

Machines. Magie. Médias, Cerisy 2016
Colloque en partenariat avec le CCIC - Cerisy-la-Salle

Du samedi 20 août au dimanche 28 août 2016.

Centre Culturel International de Cerisy - Cerisy-la-Salle

Les magiciens – de Robert-Houdin et Georges Méliès à Harry Houdini et Howard Thurston suivis par Abdul Alafrez, David Copperfield, Jim Steinmeyer, Marco Tempest et bien d’autres – ont questionné les processus de production de l’illusion au rythme des innovations en matière d’optique, d’acoustique, d’électricité et plus récemment d’informatique et de numérique. Or, toute technologie qui se joue de nos sens, tant qu’elle ne dévoile pas tous ses secrets, tant que les techniques qu’elle recèle ne sont pas maîtrisées, tant qu’elle n’est pas récupérée et formalisée par un média, reste à un stade que l’on peut définir comme un moment magique. Machines et Magie partagent, en effet, le secret, la métamorphose, le double, la participation, la médiation. Ce parti pris se fonde sur l’hypothèse avancée par Arthur C. Clarke : «Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie» (1984, p. 36). L’émergence même des médias peut être analysée en termes d’incarnation de la pensée magique, «patron-modèle» (Edgar Morin, 1956) de la forme première de l’entendement individuel (Marcel Mauss, 1950). De facto, depuis les fantasmagories du XVIIIe siècle jusqu’aux arts numériques les plus actuels, en passant par le théâtre, la lanterne magique, la photographie, le Théâtrophone, le phonographe, la radio, la télévision et le cinéma, l’histoire des machineries spectaculaires croise celle de la magie et les expérimentations de ses praticiens, à l’affût de toute nouveauté permettant de réactualiser les effets magiques par la mécanisation des performances. C’est par l’étude des techniques d’illusion propres à chaque média, dont les principes récurrents ont été mis au jour par les études intermédiales et l’archéologie des médias, que la rencontre avec l’art magique s’est imposée. Ce colloque propose d’en analyser leur cycle technologique : le moment magique (croyance et émerveillement), le mode magique (rhétorique), la sécularisation (banalisation de la dimension magique). Ce cycle est analysé dans sa transversalité afin d’en souligner les dimensions intermédiales. Les communications sont ainsi regroupées en sept sections : 

 

L’art magique
Magie et esthétiques de l’étonnement Magie, télévision et vidéo
Les merveilles de la science
Magie de l’image, l’image et la magie
Magie du son, son et magie
Du tableau vivant au mimétisme numérique 

 

La première met en dialogue historiens et praticiens de la magie et présente un état des archives sur le sujet. Les six sections suivantes font état des corrélations : magie/médias et médias/magie. 

 

Ce colloque intermédial constitue l’une des étapes du projet les Arts trompeurs. Machines. Magie. Médias (Labex Arts-H2H/ ENS Louis-Lumière/CRILCQ). Il bénéficie d’une aide de l’ANR au titre du programme Investissements d’avenir (ANR-10-LABX-80-01) ainsi que des laboratoires et institutions suivants : IRCAV, LISAA, CEISME, HAR, LIRA, GRAFICS, CRialt, UPL Université Paris Lumières, Cinémathèque Méliès, Bibliothèque nationale de France, Cinémathèque française, Musée des Arts Forains, Festival l'Europe autour de l'Europe et bien sûr du Centre Culturel International de Cerisy. 

Programme

 

SÉANCE 1 : L'ART MAGIQUE. Sources et ressources

 

Matthew Solomon (Professeur, University of Michigan) 

 

L’illusionnisme incohérent 

 

Dans les années 1880, la vie professionnelle de Georges Méliès prend un tournant décisif. En peu de temps, il se décide à vendre sa part d’une entreprise familiale prospère, la manufacture de chaussures Méliès, puis reprend les activités de la plus prestigieuse scène de magie de Paris, celle du Théâtre Robert-Houdin. Cette période coïncide aussi pour lui, comme nous avons pu l’exposer ailleurs, avec un rapprochement du mouvement artistique des Incohérents. Cette communication cherchera à saisir ce qui relève de ce mouvement artistique dans les illusions scéniques, les sketchs magiques et les films à trucs de Méliès, tout en prenant en compte la part d’«incohérence» plus diffusément présente dans une multitude de productions magiques. Il s’agira d’identifier les traits distinctifs des illusions de Méliès par rapport aux illusions que réalisent à la même époque ses concurrents en magie ou en cinématographie. Nous articulerons plus précisément les illusions de Méliès avec le «rire moderne» qu’elles appellent – que ce soit sur le plan visuel ou sur le plan verbal – selon la définition de cette notion récemment introduite dans les recherches. 

 

Pause 

 

Table ronde (1h45 avec discussion) 

 

Archives de l’illusion : quels partages possibles?


Modération : Leslie Villiaume


Le problème posé par l’enregistrement de l’éphémère se double, dans le cas de l’histoire de la magie, d’une autre difficulté, celle d’une culture du secret qui complique l’accès aux illusions. Quel est l’état des connaissances en matière de construction, de circulation et de conservation des technologies de l’illusion (machineries, automates)
? Si l’illusion ne se construit que dans un rapport à un public, par quels moyens peut-on accéder à une histoire de la réception du spectacle de magie? Quels points de rencontre et quels partages des savoirs peut-on imaginer entre chercheurs, praticiens et collectionneurs?

 

Sébastien Bazou, Jacques Malthête et Didier Morax 

 

Déjeuner


Visite du château (14h-15h) 

SÉANCE 2 : L’ART MAGIQUE (suite) Sources et ressources 

 

Lise Jankovic (Docteure, Université Paris 3) 

 

Le merveilleux dans la comédie de magie espagnole 

 

La comédie de magie espagnole, équivalente de la féerie théâtrale française, est un genre dramatique populaire où tout repose sur le merveilleux. Au regard de la mention et de l’emploi, dans la comédie de magie espagnole contemporaine, de machines d’illusion telles que les automates mécanisés, les têtes parlantes, le mobilier et les costumes truqués, les dioramas et les panoramas, ou encore les machines à transformation et à duplication, l’on ne peut que constater que la pratique de l’émerveillement de ce théâtre de l’enchantement hispanique prend, dès la fin du XVIIIe siècle, un tournant illusionniste. La communication analysera le recours à ces «merveilles-machines» à l’appui des archives (manuscrits des pièces, croquis des scénographes, inventaires des théâtres) et étudiera la nature du transfert de technicité entre spectacle de prestidigitation et spectacle de comédie de magie. 

 

Jacques Ayroles (Cinémathèque française) et Giusy Pisano (Professeure, ÉNS Louis- Lumière/IRCAV)


De la prestidigitation au “Magic Big Show” d’Howard Thurston


Cette communication prend comme point de départ le fonds d’affiches du Musée McCord concernant le magicien Howard Thurston. L’objectif est de tenter de faire parler ces archives afin de cerner ce qu’elles peuvent nous raconter sur la carrière de ce magicien, ses choix stylistiques en continuité avec l’art magique -notamment celle incarnée par Harry Kellar - et ceux marquant une évolution vers une certaine modernité. Thurston a été à l’origine des plus grands shows de l’histoire de l’art magique entre les années 1919 et les années 1920. Il a exploité les possibilités artistiques et industrielles que le théâtre, la musique, le cirque, le cinéma et la radio lui offraient. Par ces croisements, l’art magique se transforme et dépasse le modèle de la prestidigitation, considéré à l’époque démodé, pour faire place au spectacle illusionniste. Après avoir été le King de la «Rising Card» entre 1900 et 1907, Thurston devient le Roi du «spectacle mixte», un spectacle qui pourrait être défini «hybride» à l’ère du numérique. 

 

Pause 

 

Table ronde (1h45 avec discussion) 

 

Rencontre avec les praticiens 

 

Modération : Véronique Perruchon 

 

Au-delà de l’idée d’un art fortement codifié et assujetti à ses traditions, la magie semble se caractériser par sa mouvance, sa labilité, sa capacité à échapper aux définitions essentialistes en se réinventant là où on ne l’attendait pas. Où la magie se situe-t-elle dans le vaste ensemble des dispositifs du passé (panoramas, dioramas)? Comment l’idée de magie circule-t-elle avec fluidité d’une machinerie à une autre? Quelles sont les influences de la magie sur les formes médiatiques actuelles (télévision, cinéma, numérique)

 

Paul Houron et Gérard Souchet 

 

SOIRÉE : DÉMONSTRATION D’ART MAGIQUE, avec Gérard Souchet 

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Présidentes de séances : Sabine Lenk et Lise Jankovic 

 

SÉANCE 3 : L’ART MAGIQUE Formes et techniques 

 

 Véronique Perruchon (Professeure, Université Lille 3) 

 

Du visible au visuel, pouvoir du noir dans la magie nouvelle


La «magie nouvelle» est un art trompeur dont l’intérêt réside dans la dramaturgie scénique qui s’appuie sur les illusions d’optique et la perturbation des repères. Le noir invité sur ses plateaux offre un cadre propice à révéler les apparitions les plus irréelles : les corps en scène, affranchis des contraintes du réel, provoquent la rencontre avec le «sentiment magique». À travers une expérience sensorielle, le spectateur plonge dans un univers irrationnel et envoûtant qui a le pouvoir évocatoire de «l’image ouverte» (Georges Didi-Huberman). Le noir immersif a la faculté de détourner l’opacité de l’écran du visible jusqu’à revêtir les qualités du visuel. Des spectacles comme Vibrations et Notte (Cie 14:20) ou encore Les Limbes (Étienne Saglio) permettront d’en décliner les occurrences. 

 

Pause

 

SÉANCE 4 : MAGIE ET ESTHÉTIQUES DE L’ÉTONNEMENT Théâtre, féeries, panorama, mermaid performance 

 

Claire Baudet (Doctorante, Université Paris 3) 

 

Incarner une créature magique : l’exemple des mermaid performers


De l’Odyssée d’Homère à «La Petite Sirène» de Disney, le mythe de la sirène a considérablement évolué́ à travers les siècles. Il tend désormais à s’ancrer dans la réalité́ : depuis moins d’une dizaine d’années les «mermaid performers» ou «sirènes professionnelles» incarnent ces créatures fantastiques lors de représentations et vidéos subaquatiques. Comment faire de ces prestations un moment magique pour le spectateur? A l’aide de ma propre expérience en tant que sirène professionnelle à l’Aquarium de Paris et de mes recherches sur les communautés de sirènes sur Internet, j’aimerais exposer les différents processus qui permettent au public d’adhérer à cette représentation du mythe et de croire, l’espace d’un instant, en une certaine magie. 

 

 

Déjeuner 

SÉANCE 4 : MAGIE ET ESTHÉTIQUES DE L’ÉTONNEMENT Théâtre, féeries, panorama, mermaid performance 

 

Frank Kessler (Professeur, Université d’Utrecht) et Sabine Lenk (Chercheuse, Université d’Anvers) 

 

Magie spectaculaire : pour une esthétique de l’émerveillement 

 

Selon Tom Gunning, les premiers spectateurs du cinématographe s’adonnent pleinement à ce qu’il appelle «an aesthetics of astonishment», donc une esthétique de l’étonnement, de l’émerveillement et de l’éblouissement. Arthur Pougin décrit en 1885 les attraits du spectacle de féerie de manière analogue, comme ce qui vise à «surprendre, éblouir et enchanter le spectateur». Dans notre contribution nous voudrions étudier les différentes facettes de cette esthétique de l’émerveillement qui régit pour une très large part le fonctionnement du mode magique des médias. Nous prendrons comme exemples quelques formes de spectacles autour de 1900 comme le théâtre de féerie, le cinématographe ou la lanterne magique. On discutera les mécanismes employés au sein des différents médias pour produire des effets spectaculaires dans le cadre d’une telle esthétique de l’émerveillement, mais on contribuera aussi à conceptualiser ce mode esthétique. 

 

Patrick Désile (Docteur, chercheur associé au CNRS) 

 

Le théâtre magique de Jean-Pierre Alaux 

 

On sait que le Panorama dramatique fut un essai, éphémère, d’hybridation entre spectacle optique et art dramatique, hybridation que son nom même manifeste. On sait moins que le dispositif initialement imaginé par Jean-Pierre Alaux - qui devait mêler machineries et décorations, jeux de lumière et automates, et «porter la vraisemblance des choses au point le plus rapproché de la réalité» - avait été présenté sous le nom de Théâtre magique, puis de Spectacle magique. On propose de réexaminer le Panorama dramatique à la lumière de ce que nous savons de ce projet initial, de contextualiser ces tentatives pour constituer des spectacles «d’un genre entièrement neuf», d’interroger, par là, les notions mêmes de magie et de spectacle magique

 

Pause 

 

Adélaïde Jacquemard-Truc (Docteure, Université Paris-Est) 

 

Techniques d’illusion : projet de mise en scène dans le théâtre de Maurice Maeterlinck 

 

Maurice Maeterlinck considère que, dans la société moderne, seule la crainte de la mort rattache encore l’homme au réel. Les drames constituant son premier théâtre donnent lieu à une réflexion sur la forme que le théâtre peut donner à la mort. Les carnets de travail attestent des hésitations de l’auteur : il envisage dans un premier temps de recourir aux techniques d’illusion, dans La Princesse Maleine et L’Intruse, et mentionne la Pepper’s Ghost illusion, qui doit permettre de faire apparaître la mort aux yeux des spectateurs. S’il abandonne cette idée, il la recommande dans ses notes pour la mise en scène de L’Intruse. L’intérêt de Maeterlinck pour cette technique n’a pas encore été étudié : il s’agirait de compléter la connaissance de sa dramaturgie, et de voir comment les innovations techniques offrent de nouvelles possibilités à la création littéraire. 

  

SOIRÉE : CINÉ-CONCERT MÉLIÈS, présenté par Anne-Marie Quévrain, direction musicale par Martin Laliberté 

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SÉANCE 5 : MAGIE, TÉLÉVISION ET VIDÉO Au-delà de la performance 

 

Présidentes de séance : Marie-France Chambat-Houillon et Réjane Hamus-Vallée 

 

Thibaut Rioult (doctorant, ENS Ulm) 

 

Performance sans performance. La magie entre art et technique 

 

L’effet magique est la conjonction d’un phénomène et d’un cadre d’interprétation. Mettre en scène et, surtout, faire vivre au spectateur une expérience magique, nécessitent le recours aux deux composantes essentielles de l’illusionnisme : l’art et la technique. Ces deux dimensions trouvent leur apogée en deux moments particuliers : celui de l’illusion et celui de l’émerveillement, que résume la polarité invisible – visible. Chaque performance est alors mise en demeure de se positionner par rapport au degré de visibilité de la dimension technique. Ce couple peut être incarné par deux magiciens télévisuels des années 70 : Gérard Majax qui anima le jeu télévisé Y a un truc (1975) et mit l’accent sur le trucage et Jacques Delord qui s’occupa des Ateliers du magicien (1975) en insistant sur la poétique magique. Comment cette différence radicale de vue se traduit pratiquement? Quelles sont les conséquences de ces orientations, d’abord dans le cadre spectaculaire, puis d’une manière générale dans l’image et l’imaginaire de la magie qu’elles contribuent à forger

 

Marie-France Chambat-Houillon (MCF-HDR, Université Paris 3) 

 

Entre magie télévisée et magie télévisuelle 

 

Depuis les débuts de la télévision française, la magie a toujours occupé une place dans la programmation du divertissement de ce média. Une cartographie des différentes émissions de magie permet de distinguer entre «magie télévisée» et «magie télévisuelle» et de saisir comment ces programmes oscillent entre emprunt intermédial et invention télévisuelle lors de la représentation des numéros de magie. Outre une attention portée aux thématiques et aux dispositifs, les choix énonciatifs des émissions seront aussi étudiés. Si s’avère une spécificité télévisuelle des façons de filmer la magie, elle s’inscrit paradoxalement dans un cadre discursif où ce média promeut généralement transparence et monstration. Or ces caractéristiques de l’énonciation télévisuelle sont contraires au principe de l’illusion magique en tant que soustraction de «trucs» au visible. 

 

Pause 

 

Mathieu Pierre (Docteur, Université Paris 3) 

 

Magie et sérialité 

 

En 1916, Theodore et Leopold Wharton produisent The Mysteries of Myra, premier et quasiment seul serial totalement fantastico-magique. Près de vingt ans plus tard, The Return of Chandu (1934) de Ray Taylor lui succédera. La particulière originalité de The Mysteries of Myra est d’avoir est eu recours à deux figures importantes de l’occulte : Hereward Carrington en tant que consultant en spiritualisme et Aleister Crawley pour ce qui avait trait à la magie, établissant dès lors un lien indéfectible, que nous étudierons ici, entre la magie et la sérialité, encore très présent dans nos séries télévisées contemporaines (Buffy, Charmed, The Magicians). 

 

Déjeuner 

Clémence de Montgolfier (Doctorante, Université Paris 3) 

 

L’artiste en magicien à la télévision 

 

Cette communication vise à définir et à analyser la figure de l’artiste en magicien à la télévision française et ses enjeux, à partir d’exemples choisis parmi un corpus de programmes télévisés diffusés en France allant de 1960 jusqu’à nos jours. Dans un premier temps, on se concentrera sur la représentation de l’artiste-plasticien contemporain et on discernera un motif narratif issu des récits de vies d’artistes depuis l’Antiquité (Kurz, Kris, 1979) : celui de l’artiste en magicien. On s’interrogera, dans un deuxième temps, sur deux créateurs de programmes télévisés qui sont apparus comme des «manipulateurs» de la télévision et chez qui le «mode magique» comporte un aspect réflexif du médium sur lui-même. D’abord, Jean-Christophe Averty, réalisateur, qui utilisait les trucages apparents et le registre visuel de la magie comme un élément d’humour satirique dans ses émissions (Duguet, 1991). Puis, Michel Jaffrennou, artiste multimédia, qui réalisait des mises en abîme visuelles entre le réel et son image par le biais de l’écran (Hillaire, 1991). 

 

Pause 

 

Conférence et échange (1h45, présentation et discussion) 

 

Alain Carou (Conservateur, Bibliothèque nationale de France) et Sylwia Frach (Docteure, Université Paris 3)


Les archives de Michel Jaffrennou


Conservé à la Bibliothèque nationale de France (département de l’Audiovisuel), le fonds d’archives de Michel Jaffrennou apporte beaucoup à la connaissance d’un artiste qui a pu être qualifié de «Méliès de la vidéo» pour son usage illusionniste des écrans cathodiques. Si Michel Jaffrennou revendique une prédilection pour le cabaret et les spectacles d’attractions, son travail sur les «effets magiques» est aussi une mise à l’épreuve des dispositifs audiovisuels. Des Toto-logiques (1979) à Vidéopérette (1989), on proposera un parcours dans ces archives. 

 

Échange avec Michel Jaffrennou 

 

SOIRÉE : MICHEL JAFFRENNOU : Des Toto-logiques (1979) à Vidéopérette (1989) 

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SÉANCE 6 : LES MERVEILLES DE LA SCIENCE 

 

Président de séance : Frank Kessler 

 

Matinée (9h15-12h15) 

 

Kurt Vanhoutte (Professeur, Université d’Anvers) et Nele Wynants (Post-doctorante, Université Libre de Bruxelles et Université d’Anvers)


From theatre to science and back: Trajectories at play in the scientific theatre of Paris modernity

 

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la modernité parisienne a connu un regain de popularité des performances caractérisées par un goût pour le spectaculaire, où les forains mêlaient les nouvelles technologies avec le théâtre, la science avec le divertissement, la rationalité avec la magie. À partir des années 1860, le travail de délimitation fut conséquent, la science entreprenant alors un projet de légitimation à grande échelle. Ses efforts la conduisirent irrémédiablement à une grande fracture : l’opposition qui postule que la science et l’art sont deux réalités distinctes. A contrario, nous souhaitons discuter de tous ceux qui ont continué d’habiter cet entre-deux, en se déplaçant par aller- retour dans un champ cerné par des catégories et des rôles distincts. Nous mettrons l’accent sur ces praticiens qui n’étaient pas des hommes de science, mais qui jouaient pourtant aux scientifiques – et c’est là que nous interprétons ce jeu comme un subtil va-et-vient entre la feinte et le réel, entre la représentation et la proclamation : ils ont ainsi voyagé entre l’art et la science, le rural et l’urbain, Paris et Londres. 

 

Leslie Villiaume (Doctorante, Université Paris 1) 

 

De la physique amusante aux grandes illusions: évolution et diversification des procédés techniques au service des spectacles de magie au XIXe siècle


Depuis le XVIIIe siècle, l’aspect expérimental des sciences fascine, les démonstrations de «physique amusante» connaissent un énorme succès. Le Second Empire vit une industrialisation qu’il faut accompagner et expliquer. Le public est fasciné par les «merveilles» de la science, la vulgarisation scientifique est à son apogée. Les prestidigitateurs du XIXe ont alors des programmes de spectacles dont les tours sont généralement liés plus ou moins implicitement aux connaissances scientifiques, techniques et philosophiques de l’époque. Dans cette intervention, je me propose donc de faire une typologie succincte des «trucages magiques» utilisés au XIXe et de tenter d’expliquer leur évolution technologique en fonction des avancées techniques que connait la période. 

 

Pause 

 

Mireille Berton (Maître d’enseignement et de recherche, Université de Lausanne) 

 

Le médium spirite ou la magie d’un corps hypermédiatique à l’ère de la modernité 

 

Cette intervention propose de revenir sur une question souvent traitée dans l’histoire des sciences et de l’occultisme, à savoir le rôle joué par les instruments de mesure et de capture dans l’appréhension des faits paranormaux. Une analyse de sources spirites parues durant les premières décennies du XXe siècle permet de mettre au jour les tensions provoquées par les dispositifs optiques et électriques qui viennent défier le corps tout-puissant du médium spirite sur son propre territoire. La rencontre entre occultisme et modernité donne alors naissance à la figure (discursive et fantasmatique) du médium «hypermédiatique», celui-ci surpassant toutes les possibilités offertes par les découvertes scientifiques. 

 

Déjeuner

APRÈS-MIDI LIBRE

 

SOIRÉE : CONFÉRENCE/DÉMONSTRATION


PAUL HOURON (régisseur des effets spéciaux, Musée des arts forains)


«Illusions & Techniques». Un survol des techniques employées de l’Eidophusikonde P.-J. de Loutherbourg à «Virtualia» de J.-P. Favand


De 1781 à 2012, la similitude de la «
fièvre chercheuse» est flagrante aussi bien dans la démarche de P.-J. de Loutherbourg, E. Robertson, L. Daguerre, J.-E. Robert-Houdin, G. Méliès, G. Lucas, D. Cooperfield, que dans celle de J.-P. Favand. Elle aboutit, dans la plupart des cas, à la réalisation «d’effets spéciaux» (en langage contemporain) tributaires en majorité de truquages essentiellement mis en œuvre par des techniciens maitrisant les découvertes scientifiques des époques correspondantes aux résultats obtenus. Le postulat de ces différents «inventeurs» a eu souvent pour point commun la même démarche : transformer un souhait imaginé en une réalité virtuelle sans en maîtriser au départ la solution technique... L’Eidophusikon, le Diorama, le Praxinoscope, les techniques de lévitation d’objets lourds, le mapping sur objets en volume en sont les résultats les plus spectaculaires. 

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SÉANCE 7 : MAGIE DE L’IMAGE, L’IMAGE ET LA MAGIE 

 

Présidents de séance : Maxime Scheinfeigel et Jean-Pierre Sirois-Trahan 

 

Clément Bodet (Doctorant, Université Aix-Marseille) 

 

L’image naturelle : aux fondements du lien entre photographie et «magie»


À quel moment peut-on constater — évaluer — une résonance entre photographie et «magie»? À la charnière de son invention. Car l’idée de photographie précède son avènement dans le fantasme de l’imagea-technique. L’invention de la photographie correspond à la concrétisation d’un projet qui lui est sous-jacent, d’un archétype archéologique : celui de l’image naturelle, achéiropoïète. Le «dispositif photographique», celui de la camera obscura, s’associe à un procédé chimique (la photosensibilité des sels d’argent, substance «porte-ténèbres» connue depuis le XVIIIe) pour former un ensemble permettant la fixation d’une image. D’un «projet photographique universel» s’exhume en réalité un rapprochement tardif (fortuit) entre deux pans de la connaissance scientifique. Cette technologie en puissance,en train de se faire, reconduit le mythe de l’image naturelle par l’intermédiaire du daguerréotype et inaugure alors «la logique nouvelle de l’image comme champ spectaculaire, autonome, indépendant de toute relation à l’imprimé» (F. Brunet). 

 

Maxime Scheinfeigel (Professeure, Université de Montpellier 3) 

 

Le cerveau, la pensée magique et le cinéma 

 

La capacité du cerveau à produire et à projeter des mondes imaginaires sur un écran intérieur (rêve, mémoire) est illimitée. Dès qu’il est mis au travail par le magicien Georges Méliès, le cinématographe reprend à son compte cette capacité grâce à des trucages ad hoc et grâce au montage. Et c’est bien à cet endroit que la pensée magique, liée à la conception animiste d’une autre réalité excédant le champ simplement perceptif des humains, trouve son lieu. Elle est d’emblée installée au cœur même du cinéma (Méliès, bien sûr!), et par la suite, des cinéastes sensibles à la magie, parfois eux aussi magiciens, parfois non, ne cessent de la réactualiser. On explicitera ce propos à travers des images ou séquences d’images conçues par quelques cinéastes notoires : Segundo de Chomon, Mosjoukine, Welles, Allen ou encore Resnais. 

 

Pause 

 

Sophie Rabouh (Doctorante, Université Paris 1 et Université de Montréal) 

 

L’astronome, magicien des temps modernes : machination du ciel étoilé dans le cinéma des premiers temps


L’astronomie et le cinéma usent de moyens techniques afin d’accéder à une toute nouvelle visibilité du réel. Ce faisant, ils exacerbent les qualités des objets auxquels ils s’appliquent et bouleversent les mécanismes du rapport habituel qui pouvait exister auparavant entre perception visuelle et représentation. Ainsi le magicien au cinéma apparaît-il souvent comme un astronome et, inversement, l’astronome comme un magicien. Le ciel et les astres sont présentés quant à eux sur un mode propre à faire apparaître le caractère magique de leur visibilité. Il s’agira de s’interroger, principalement à travers les travaux de l’astronome Camille Flammarion (Danielle Chaperon, 1995 et 1998) ainsi que les œuvres de Méliès, sur le particularité toute «mécanique» des rapprochements qui ont pu s’effectuer entre cinéma et astronomie dans le cinéma des premiers temps. 

 

Déjeuner 

Jean-Pierre Sirois-Trahan (Professeur, Université Laval) 

 

«Une illusion frappante de réalité». Surgissement et merveilleux scientifique dans l’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat


Les vues Lumière, on le sait, procurèrent aux premiers spectateurs de l’invention une illusion confondante (des feuilles qui bougent, les vagues qui déferlent, etc.) confinant au trompe-l’œil et provoquant un sentiment halluciné. Cette illusion n’eut rien à envier à celles prodiguées par les magiciens (d’où l’intérêt du métier pour cette invention). L’Arrivée d’un train demeure l’apogée de ce moment magique, avant que normalisation et habitudes perceptives ne viennent naturaliser l’effet- trompe-l’œil. Grâce à une plongée dans les archives, nous voudrions analyser en détail la réception de cette vue, décortiquer les stratégies des opérateurs Lumière et le discours journaliste rendant compte du surgissement du train. Plus largement, nous voudrions analyser l’espèce de merveilleux «filmophanique» (Étienne Souriau) créé par l’apparition de ces images animées, comme «choc» (Walter Benjamin) pour le système perceptif. 

 

Jean-Michel Durafour (MCF, Université Paris-Est) 

 

Portrait du cinéaste en «grand magicien et enchanteur» (Heumann). Faust à l’écran : 1897-1926

 

Cette communication entend mettre en avant l’instauration de la figure – littéraire (Heumann, Lessing), surtout théâtrale (Marlowe, Chamisso, Goethe, Lenau) et/ou opératique (Gounod, Berlioz) – du docteur Faust, magicien et alchimiste, «grand magicien et enchanteur» (Heumann), comme ce qui est peut-être la première représentation déléguée du cinéaste à l’écran. Cette proto-représentation est structurée à une échelle singulièrement récurrente et avec une telle rigueur et systématicité (au point qu’elle envahit d’autres adaptations cinématographiques de mythes littéraires pourtant solidement établis : comme le Frankenstein d’Edison en 1910), où la place du cinéaste s’affirmait progressivement, et le cinéma comme un art. Comment et pourquoi est-ce à la représentation d’un magicien qu’a échu cette nouvelle dignité

 

Pause 

 

Réjane Hamus-Vallée (MCF-HDR, Université d’Évry) 

 

Le trucage truqué : les effets spéciaux des scènes de prestidigitation au cinéma 

 

Cette communication se propose d’analyser les effets spéciaux utilisés au cinéma pour reproduire des scènes de spectacles de prestidigitation. Quels sont les types de trucages convoqués pour reproduire le truc du prestidigitateur? Quelles techniques, pour quels résultats? Quel mélange peut-on trouver entre des techniques déjà utilisées sur scène par des prestidigitateurs, et d’autres spécifiquement cinématographiques? Il s’agira ici de voir comment les réalisateurs recyclent des tours de magie, en les adaptant aux particularités du film tout en devant diégétiquement mettre en avant une esthétique illusionniste. À ce titre, sera aussi évoqué le tournant numérique, véritable rupture dans la mise en scène de la prestidigitation dans les films, comme le montrera l’étude des effets spéciaux de films des années 1920 jusqu’à nos jours. 

 

Caroline Renouard (Post-doctorante, Labex Arts-H2H) 

 

Les techniques d’illusion. Définitions et analyse comparative 

 

Certains effets spéciaux visuels reposent sur l’idée de «transparence», c’est-à-dire sur la mise en abyme de la projection, en faisant défiler le «réel» comme un film se déroulant derrière ou devant les personnages, ou bien encore sur la (semi) transparence des verres et des miroirs qui laissent transparaître le réel au sein de l’image artificielle. L’autre idée qui prédomine dans les procédés d’illusion au cinéma est celle de «cache» : il faut «cacher» un espace de l’image pendant un temps pour mieux en révéler l’ensemble par la suite. Le recours aux techniques d’illusion — à la fois cachées et exposées — permet de construire un monde de toute pièce, un monde qui possède sa propre réalité et sa propre spectacularité. Cette communication s’intéressera aux différentes définitions, pratiques et théoriques, des techniques d’illusions cinématographiques (plus particulièrement les effets spéciaux visuels) et à leurs analyses comparatives, à travers la présentation d’un glossaire technique multimédia, fruit de différents travaux de recherche menés au sein du projet des Arts Trompeurs. 

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Présidents des séances : Jean-Marc Larrue et Geneviève Mathon 

 

SÉANCE 11 : MAGIE DU SON, SON ET MAGIE Magie et performativité de la voix médiatisée 

 

Libera Pisano (Post-doctorante, Université Humboldt) 

 

Sémiotique magique : le passage à la voix, pour une forme radicale de performativité 

 

Dans cette intervention je voudrais présenter les contours théorétiques d’une sémiotique de la magie, entendue comme un dispositif de pouvoir basé sur la voix humaine. La sémiotique magique est complexe, car elle prend en compte trois niveaux différents : le caractère iconique de la parole, la référence sémiotique et symbolique, l’évanescence de la voix. Ce croisement permet de déplacer les frontières de la performativité d’un concept sémantique à un concept sémiotique. Cela concerne non seulement les énonciations avec un sens précis, mais se prolonge au medium lui-même : au son de la voix. Il y a une magie de la voix : elle traverse les obstacles, s’entend à distance et s’insinue en celui qu’elle atteint. En effet, quand les formules magiques sont prononcées, elles impliquent une suspension et une extranéité du sens ordinaire, tout en conservant une performativité forte et efficace. C’est précisément pour cette raison que je vais tenter d’esquisser la médiation magique comme une forme radicale et paradigmatique de la performativité et, en même temps, une forme archaïque du pouvoir qui dérive de la voix de l’homme. 

 

Jean-Marc Larrue (Professeur, Université de Montréal) 

 

La «théorie des déformateurs» du théâtre à la radio


Emprunté à l’histoire de l’art et apparu dans les années 1890, le concept de «déformateurs» porte sur l’acte de médiation. Il s’applique, à l’origine, aux peintres postimpressionnistes – Van Gogh, Gauguin, Cézanne, etc. - qui «déforment» la réalité pour en faire ressortir ou y ajouter des qualités ou des dimensions particulières, pour en atténuer ou en occulter d’autres. L’analogie avec la magie est évidente et c’est donc sous l’angle général de la médiation que je voudrais analyser cette question de la «déformation». En appliquant le concept de «déformation» à la dimension aurale de la triade théâtre-disque-radio, je veux démontrer que la «déformation» est une modalité parmi d’autres d’un phénomène beaucoup plus large, l’opacification dont je voudrais montrer la complexité et l’étendue. 

 

Pause 

 

Serge Cardinal (Professeur, Université de Montréal) 

 

Un outre-monde dans ce monde-ci : magie radiophonique du cinéma 

 

Dans «Radio Physiognomics», Adorno analyse l’«illusion de proximité» produite par la radio. La cause de cette illusion est la suivante : parce que l’auditeur fait face à l’appareil et non pas à la personne qui joue de la musique, le poste de radio visible devient le support et l’incarnation d’un son dont l’origine est invisible. Si l’on veut rendre justice à cette illusion, il faut dire que la radio ne transmet pas une musique située à distance, mais qu’elle exprime une musique qui se cache derrière le haut-parleur. Bref, les sons invisibles proviennent d’un ailleurs qui se situe dans l’espace du dispositif. Ce paradoxe a une longue histoire musicale et littéraire : caractère fantasmagorique de l’opéra wagnérien, illusions auditives essentielles à la littérature gothique, etc. La circulation de la musique dans les espaces invisibles du dispositif-cinéma prolonge cette histoire : elle sera l’objet de notre attention. 

 

Déjeuner 

SÉANCE 12 : MAGIE DU SON, SON ET MAGIE Déformations et illusions auditives 

 

Martin Laliberté (Professeur, Université Paris-Est) 

 

Musiques électroacoustiques et fascinations magiques : le cas des musiques mixtes à l’IMEB 

 

Les rapports entre les arts technologiques et la pensée magique sont nombreux et ramifiés. Pour apporter une contribution musicale, cette communication s’interroge sur le cas des musiques électroacoustiques mixtes, là où précisément les instruments de musique sont transmutés tantôt par des traitements de leur sonorité en concert ou tantôt par une confrontation avec une musique enregistrée comportant un travail de sonorité approfondi. L’Institut International de Musique Electroacoustique de Bourges, durant sa prolifique et prestigieuse activité (1970-2011), a suscité la création de nombreuses pièces mixtes déposées à la BnF et désormais en cours d’une première phase d’étude. Cette communication discutera de certaines de ces pièces, pour mettre en évidence les fondements «magiques», conscients ou inconscients, qui les animaient. 

 

Azadeh Nilchiani (Doctorante, Université Paris-Est) 

 

De la spatialisation de la musique électroacoustique à la magie nouvelle 

 

Notre environnement quotidien est souvent chargé de sons coexistants, qui apparaissent en des couches sonores multiples : statiques ou en mouvements, simples ou complexes, etc. L’organe auditif, qui permet par nature une écoute multidirectionnelle et immersive de ce paysage sonore, nous informe sur la réalité de cet environnement. On peut considérer cette capacité et l’habitude de l’écoute multidirectionnelle dans la réalité quotidienne comme un outil qui permet de nous situer dans le réel et sur la base duquel la création sonore dans l’espace peut se former. Dès les premières tentatives de spatialisation de la musique concrète par Pierre Schaeffer et Jacques Poullin suivies par des recherches menées à l’IMEB (sur le concept Gmebaphone et l’instrument Cybernéphone), on peut tracer cette nécessité de reconstituer la nature spatiale de l’écoute. La magie s’appuie sur notre perception du réel. Elle peut être : «[...] un moyen de se situer par rapport au réel – l’espace, le temps, les objets... de manière spécifique. La magie nouvelle est un art dont le langage est le détournement du réel dans le réel : c’est-à-dire dans le même espace-temps que ce que la perception offre à appréhender. Les images ne correspondent plus à une activité d’illusion; elles constituent un ordre propre de la réalité [...].»(Raphaël Navarro, 2010). Cette étude va tenter de tracer des liens entre la spatialisation de la musique électroacoustique et la notion de la magie nouvelle, qui prennent toutes les deux la notion de perception du réel comme leur fondement. 

 

Pause 

 

Table ronde (1 heure) 

 

Geneviève Mathon (MCF-HDR, Université Paris-Est), Sylvain Samson (Docteur, chercheur au LISAA) et Grégoire Tosser (MCF, Université d’Évry)


Transformation de l’écoute et mutation technologique : l’esthétique de l’IMEB


La musique au XXe siècle serait soumise, selon François-Bernard Mâche, à trois tendances principales : l’influence des modes de pensées scientifiques; la nostalgie d’un code universel; la résurgence du sacré. Créer des images, des structures, des projections sonores via des machines et des outils technologiques façonnés au gré de leurs intuitions et qu’ils n’ont eu de cesse de développer et d’affiner : tel a été le défi et le projet de ces artisans, artistes-électroacousticiens, afin que la musique renoue avec ses fonctions primordiales archétypales et retrouve sa fonction magique et sacrée. Il est question d’interroger la musique électroacoustique en son fondement et sa vocation au regard d’un monde sonore inouï qui rompt non seulement avec l’instrumentarium traditionnel, mais aussi avec une manière de penser, d’inventer et de percevoir. Notre recherche prend appui sur l’important fonds de l’Institut International de Musique Electroacoustique de Bourges (IMEB) déposé à la BnF, emblématique de 40 ans de création internationale électroacoustique. 

 

SOIRÉE : INSTALLATION Azadeh Nilchiani 

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SÉANCE 13 : DU TABLEAU VIVANT AU MIMÉTISME NUMÉRIQUE 

 

Présidents de séance : Miguel Almiron et Renée Bourassa 

 

Erkki Huhtamo (Professeur, University of California, Los Angeles) 

 

Tracing the topoi: Media Archaeology as Topos Study 

 

Cette communication portera sur l’archéologie des médias en proposant une approche à la fois théorique et historique du topos, une notion que le chercheur en études littéraires Ernst Robert Curtius a transformée en un «outil» pour expliquer la récurrence des clichés et des lieux communs dans la culture médiatique. J’ai appliqué cette idée à diverses formes médiatiques allant des «peep media» et des panoramas en mouvement jusqu’aux médias mobiles. Dans le cadre de cette intervention, je vais définir mon approche théorique, discuter les travaux de mes prédécesseurs et démontrer comment ces éléments peuvent être appliqués à différents aspects de la culture médiatique. Le but est d’identifier des topoi, d’analyser leurs trajectoires et évolutions, ainsi que d’expliquer les «logiques» culturelles qui conditionnent leur «errance» à travers le temps et l’espace. Les topoï sont des dispositifs discursifs qui servent d’intermédiaires entre des thèmes, des formes et des jeux fantastiques entre différentes traditions culturelles. Évidemment, ils sont aussi devenus des outils pour les industries culturelles. 

 

Carole Halimi (MCF, Université Paris-Est) 

 

La «sensation magique» du tableau vivant ou la recherche d’une image active


Dans la littérature, l’accent est souvent mis sur la «sensation magique», provoquée par la vision d’un tableau vivant. Antonin Artaud, qui a conçu des tableaux vivants photographiques pour illustrer son projet d’adaptation cinématographique du Moine de Lewis, revendiquait quant à lui, le «mimétisme magique» du geste. Aujourd’hui, la performance contemporaine réinvestit la tension immobile du tableau vivant en l’articulant parfois à l’univers de la magie (Luigi Presicce). En quel sens geste et vision participent-ils de la «sensation magique» du tableau vivant? Comment opèrent-ils une «phénoménologie de l’image active» (Bredekamp) qui peut conduire le tableau vivant à s’inscrire dans une archéologie des médias

 

Pause 

 

Martin Barnier (Professeur, Université Lyon 2) 

 

Pepper’s Ghost, hologrammes en mouvement et 3-D 

 

Depuis le XIXe siècle, on peut faire apparaître sur scène des fantômes très réalistes, et actifs. Ce principe du Pepper’s Ghost a ensuite été réutilisé et Michael Jackson ou le rappeur Tupac ont été «ressuscités» chantant devant des milliers de spectateurs. Une «vocaloïde» japonaise est devenue une véritable star, pourtant virtuelle. Ces «hologrammes en mouvement» sont parfois appelés «3-D sans lunettes». Cette désignation trompeuse inscrit ces apparitions sur scène dans la lignée des spectacles de magie et du cinéma stéréoscopique. Le Graal de l’apparition d’une image projetée, en relief, sur scène ou sur un écran semble, chaque fois, à portée de main. Nous nous interrogerons sur l’évolution de ce procédé en le comparant aux autres systèmes proches et que le marketing vend sous des noms semblables. 

 

Déjeuner 

Miguel Almiron (MCF, Université Paris-Est) 

 

Corps magiques, corps numériques 

 

Les potentialités du numérique créent de nouveaux paradigmes, nous font croire et nous font vivre en communication avec des êtres sans vraie chair, des êtres incertains, des êtres de chair et peau numérique comme Hatssune Miku, Tupac Shakur, et même avec des robots réalistes, le geminoïd d’Hiroshi Ishiguro, par exemple. Cela suggère un nouveau concept de potentiel de l’être humain dont la présence- communication s’affranchit des barrières charnelles, temporelles et spatiales, grâce aux systèmes d’immersion ou autres (holographies, pepper ghost, etc). Ainsi, comme par magie, le corps paraît pouvoir s’inscrire dans l’espace total, dans l’espace réel / virtuel et atteindre aussi l’ubiquité. Cette communication se propose d’analyser l’émergence et l’impact de ces différents dispositifs. Ainsi, on tente de saisir et d’affirmer tout le potentiel expressif apporté par ces technologies à travers la présence/absence du corps. 

 

Renée Bourassa (Professeure, Université Laval) 

 

Corps numériques: le design de figures de synthèse dans les dispositifs médiatiques contemporains


Cette communication portera sur les effets de présence et la performativité des corps de synthèse qui interviennent dans les dispositifs médiatiques contemporains, du cinéma aux interfaces comportementales. Les figures modélisées par simulation et animées par les technologies actuelles de capture de performance mettent en jeu des effets de présence. Le personnage numérique se situe dans une esthétique illusionniste ayant marqué la fabrication des effets spéciaux tout au long de l’histoire du cinéma. Que ce soit par les technologies de modélisation et de simulation qui revisitent les frontières du réalisme ou par les techniques de capture de performance, le design de corps numériques dessine de nouveaux espaces créatifs qui interviennent dans les productions médiatiques contemporaines, envisagées de manière intermédiale. Il s’agit non plus de reproduire mécaniquement le réel, mais plutôt de le simuler en inventant une réalité nouvelle sur le plan de l’imaginaire. Comment simuler le corps humain dans sa redoutable complexité? Comment transposer dans un corps de synthèse l’expressivité de la figure humaine dans toutes ses nuances subtiles? Dans le contexte des effets de simulation produits par le corps de synthèse, le concept de réalisme est à nouveau remis en question tant sur le plan de la modélisation que de l’animation. En séparant l’effet de sa source, le couplage du mouvement s’effectue souvent avec une expression graphique relevant du fantastique, en dépit du photoréalisme que l’image de synthèse met en jeu. Le procédé de capture de performance saisit l’expressivité du geste humain dans sa présence invisible en le divorçant de sa source, pour le restituer dans une peau numérique d’où émerge le personnage. En activant les puissances du faux, il effectue une virtualisation du corps performatif, disparaissant au profit de son expression kinésique pure pour susciter une impression d’incarnation. 

 

Pause 

 

Florent Di Bartolo (MCF, Université Paris-Est) 

 

La dimension magique du design d’interaction 

 

Les interfaces numériques ont considérablement transformé et diversifié les formes d’accès accordées aux données de notre époque. Toutefois, malgré leur apparente nouveauté et leur potentiel disruptif, les interfaces des dispositifs numériques ne s’inscrivent pas nécessairement en rupture avec les objets techniques issus d’époques antérieures. Elles sont construites sur des métaphores qui rappellent leur forme et leur structure. Ce mimétisme a pour principale fonction de simplifier l’utilisation d’un système informatique et de rendre son expérience plus intuitive en évoquant le fonctionnement d’un appareil dont l’usage ne représente plus un défi. Il est aussi employé dans le champ des arts pour créer de puissantes illusions qui accordent de nouvelles fonctions aux objets auxquels nous sommes culturellement accoutumés en les équipant de nouveaux capteurs et effecteurs. Notre communication visera à faire état des métaphores d’interfaces qu’emploient les artistes pour créer des dispositifs artistiques qui génèrent de telles illusions. Il s’agira d’interroger les formes de visibilité accordées aux technologies numériques dans le champ des arts et de voir comment celles-ci peuvent influer sur la lecture et la perception de flux de données. Parmi les objets d’étude figurera une application informatique réalisée dans le cadre des Arts Trompeurs et ayant vocation à donner accès à une partie des fonds IMEB. 

 

SOIRÉE : DÉMONSTRATION D’ART MAGIQUE avec Max Schneider 

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CLÔTURE : RETOUR SUR LA MAGIE, D’HIER À AUJOURD’HUI 

 

Katharina Rein (Doctorante, Humboldt University) 

 

From Robert-Houdin to Robert Heller. Media in the “Second Sight Illusion” 

 

La fin du XIXe siècle a vu émerger ce qui allait devenir l’électronique moderne et les médias de masse. Mais cette période est aussi considérée comme l’âge d’or de la magie scénique. Cette coïncidence n’est pas le fruit du hasard puisque les magiciens ont très rapidement intégré les dernières innovations technologiques à leur performance. Parfois, les magiciens ont fait du dispositif technologique le cœur même du spectacle, en faisant ressortir sa dimension extraordinaire; parfois en occultant au contraire le dispositif pour faire vivre au public une expérience «surnaturelle». Cette présentation est centrée sur l’illusion dite de la «seconde vue» popularisée par Jean Eugène Robert-Houdin qui illustre l’utilisation de la technologie dans la magie. 

 

Joe Culpepper (Magicien, chercheur à McGill, et consultant en magie)


Adapting Houdini’s Straitjacket Escape to New Media in Toronto 100 years later


Le 18 octobre 1916 à Toronto, au Canada, Harry Houdini s’est évadé d’une camisole de force suspendue plus de cent mètres au-dessus des têtes des spectateurs qui envahissaient la rue. Cette présentation analyse le contexte socio-historique du spectacle public par rapport à une adaptation numérique créée pour une web-série en 2016. Lucas Wilson, un jeune illusionniste canadien, a fait une version de l’évasion inspirée par Houdini dans un studio de cinéma de Toronto. J’ai participé comme consultant de magie pour ce projet, de la recherche historique préliminaire jusqu’au tournage. En réfléchissant sur ces expériences d’adaptation, j’explore la façon dont les médias, l’aspect économique, et la réception ont changé au cours du dernier siècle. Comment l’évasion d’une camisole de force a-t- elle généré du capital au cours de l’âge d’or de la magie? Comment une adaptation numérique capture-t-elle notre attention aujourd’hui? Sommes-nous libérés, emprisonnés ou les deux en regardant ce spectacle d’Houdini

 

Pause 

 

Bilan du colloque et discussion autour des projets à venir des Arts trompeurs. 

 

12h Déjeuner

 

 

Départ 14h. 

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